Articles Tagués ‘réserve naturelle’

Au cours de nos balades sur le sentier GR des Terrils, nous avons été surpris par la variété des paysages rencontrés. Chaque terril composant un environnement qui lui est propre, la végétation rencontrée y diffère tout autant. Les critères écologiques des terrils dépendent du relief, de l’orientation des pentes, la composition du sol, l’humidité, l’ensoleillement… les terrils remaniés ou intacts, aux milieux herbacés, comportant des fourrés, de petites forêts, des milieux humides, mares et bassins à schlamms, avec ou sans zones de combustion présentent une flore et une faune extrêmement diversifiée. Nous vous proposons ici des vues de la nature des terrils en quatre saisons. 

Durant l’hiver 2010, une  neige exceptionnelle transforma le paysage! La Drève de la Mémoire du Bois du Cazier.

Le carreau du puits du Cazier vu du Terril SAINT CHARLES 2

Le terril des HAUCHIES et l’église de Marcinelle-Haies vus du terril SAINT CHARLES 2

Le terril des HIERCHEUSES à Marcinelle à partir de la plaine de l’ancien charbonnage.

Sous le couvert au terril des HIERCHEUSES.

Sur le premier plateau du terril des HIERCHEUSES, des colonnes de fumées signalent une zone de combustion…

… où la température peut atteindre 700° à un mètre de profondeur! Prudence! 

Roselière et flaques gelées… 

sur le terril des Viviers à Gilly.

 A la fin de l’hiver, massettes sur le terril du Pétria à Fontaine l’Evêque. 

Sur un sol instable, mousses et boulaie pionnière. Ici au terril des Aulniats à Farciennes.

Friche sur le terril des Viviers à Gilly à la mi-juin.

 Vesce commune au terril des Viviers. 

Massif de roses sur la face n-o du terril St Charles nord au Cazier. 

Sous-bois entre les terrils du Martinet à Roux…

et fraises des bois.

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Vestiges significatifs de la vocation industrielle de la région de Charleroi, les terrils qui jalonnent le paysage représentent aujourd’hui bien plus que les amas de scories engendrés par les puits des charbonnages des décennies durant. Derniers témoins de cette industrie minière qui s’est éteinte au début des années 80, les terrils aujourd’hui verdoyants sont inscrits dans l’inventaire des choses à voir et à faire à Charleroi, d’abord pour leurs points de vue uniques et les zones de nature qu’ils recèlent, pour l’apport mémoriel et historique d’une région fortement (dés)industrialisée et enfin pour l’implication citoyenne qui caractérise la plupart d’entre eux. 
Terril des Aulnias 010

Trente ans après la fermeture des charbonnages, les terrils n’apparaissent plus pour les plus jeunes générations comme des symboles de labeur, de conditions de travail dantesques dans les charbonnages qui les ont engendrés, de déclin industriel d’une époque qu’ils n’ont pas connue. Au cœur des quartiers,  les terrils aujourd’hui connaissent l’attrait des îlots de nature en ville et offrent à tout un chacun un environnement propice  aux promenades et à la détente. 

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En prenant de la hauteur, comme ici sur le Terril des Piges à Dampremy, c’est un spectacle total de la ville comme on ne l’a jamais vue. D’autres terrils apparaissent, silhouettes familières aux Carolos et pourtant toujours aussi énigmatiques, si nombreux aussi, autour de Charleroi…Aujourd’hui, c’est un autre regard qui se pose sur ces géants sortis des entrailles de la terre.

L’appropriation des terrils par les riverains s’est faite dès les premiers déversements, dans le but de glaner, de ramasser des restes de charbon, tout un travail motivé par la nécessité. Les enfants des quartiers trouvèrent vite en ces buttes de nouveaux terrains de jeux en se laissant glisser sur les pentes « assis sur des couvercles de casseroles » comme l’évoquent encore de nombreuses anecdotes.

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Les terrils sont rapidement apparus comme partie intégrante des quartiers. L’environnement proche, faisant l’objet d’un déploiement d’infrastructures de « mise à terril », de transporteurs aériens et de ponts de traînage du charbon, achevaient de donner l’image d’une ville dont la vocation et le développement furent exclusivement tournée vers l’industrie. 

Dès les années 90, sous l’impulsion de la Conférence de Rio (1992) qui se préoccupait de la perte de la biodiversité, les terrils s’avèrent des vecteurs de développement de la biodiversité au cœur des villes. A l’état naturel,  de par la composition de leur sol, les terrils présentent aujourd’hui des biotopes inédits, en fonction de leur situation, de leur exposition, de la nature de leur couverture. Ils offrent à tout un chacun la possibilité de découvrir  un environnement insolite et rare. (Ici, le sommet du terril de l’EPINE).

Ces espaces devenant à la fois terrains de jeux ou lieux de promenades au cœur d’un décor dont on ne se lasse jamais.

Les premières démarches citoyennes de prise en compte des terrils dans l’environnement des quartiers ont débuté dès la fin des années septante autour du terril des Piges à Dampremy et aux terrils du Martinet à Roux via des comités citoyens réunis pour la défense, la préservation et la mise en valeur des terrils de leur quartier. Légende de l’image: à titre d’exemple, en juin 1999, soit 23 ans après les premières démarches citoyennes, les terrils du Martinet deviennent réserve naturelle classée RNOB.

Inspiré par la démarche, un collectif d’artistes créé autour de Georges et Jeanne Vercheval, futurs créateurs du Musée de la Photo, publie TERRILS aux éditions Vie Ouvrière en 1978. Précurseurs à Charleroi, ces artistes dont l’oeuvre est liée au territoire, rendent leur démarche interpellante et créative, positive et didactique mais surtout citoyenne et militante face aux souhaits des politiques de l’époque d’en finir au plus vite avec les stigmates d’une industrie en déclin.

 

Dès la fin de l’extraction minière s’est substituée sur l’ensemble des bassins une nouvelle forme d’exploitation des schistes houillers. Les terrils furent inventoriés et considérés dans une perspective de récupération des matières exploitables telles les schistes rouges et noirs, ce qui signifiait généralement un démantèlement complet. Nous l’avons dit, des comités de riverains virent le jour afin de s’opposer à ces nouvelles formes d’exploitation qui allaient à nouveau engendrer dans les quartiers des nuisances environnementales pour les riverains (poussières, charroi) et de profonds changements dans le paysage.

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Les terrils  représentant des cas particuliers de sites d’activités économiques désaffectés contenant encore souvent des ressources minérales pouvant être valorisées, la Région Wallonne mit en place des outils de gestion des terrils relevant de l’aménagement du territoire et de l’environnement où les terrils sont répartis en 3 catégories: 

– classe A : terrils qui ne peuvent pas être exploités;
– classe B : terrils qui peuvent être exploités;
– classe C : terrils qui nécessitent une investigation complémentaire.

L’inscription d’un terril en zone naturelle d’intérêt scientifique ou réserve naturelle n’en permet plus l’exploitation des matières minérales qu’il recèle.
sources: http://environnement.wallonie.be/pedd/C0e_123h.htm

Pour un marcheur, un riverain, un de ceux qui « ont vu tourner les châssis à molettes », les terrils ont leur identité propre, une forme qui leur est caractéristique.  Les plus anciens (du 12ème au 17ème siècle) sont semblables à de petits monticules, on les retrouve au milieu des cultures, des prairies. 

Au 18 et 19ème siècle, le volume des terrils augmente. Ils sont de forme allongée ou bombée.

Au 20ème siècle, ils deviennent gigantesques, leur forme est conique ou allongée, avec pour certains des flancs digités.

Les terrils racontent tous une histoire qui est celle de son environnement proche. Leur nom porte celui du lieu-dit qui les a vu naître: le Boubier, l’Epine, la Tombe, les Piges, les Pays Bas. Ou le nom du puits de mine associé: saint Charles,  saint Théodore, sainte Catherine,  …

Les lieux-dits de Charleroi évoquent également des noms de charbonnages qui ont pratiquement tous  disparus: le Mambourg à Charleroi-Nord qui évoque aussi le Sporting, dont le terril a laissé la place à Ville2, les Fiestaux à Couillet, siège d’une entreprise de matériau, le Trieu Kaisin à Montignies-sur-Sambre, le Boubier à Châtelet,  ….


Le dernier charbonnage wallon, le Roton- puits Sainte Catherine à Farciennes a fermé sa fosse  en 1984. Le livre du charbon ne se referme pas. L’histoire  des gueules noires et son décor immobile sont gravés dans la mémoire des Wallons.
Pour en savoir plus sur l’histoire du charbon, lire la monographie sur la mémoire de la mine en Wallonie par Jean-Louis Delaet, ancien archiviste de la Ville de Charleroi et  directeur du Bois du Cazier.
Poursuivez votre lecture par l’historique des cheminements piétonniers: https://cheminsdesterrils.wordpress.com/2012/03/01/historique-dune-transterrilienne/
Localisation des images: 
photo1: le terril des Hauchies depuis la rue du Cazier à Marcinelle. -Photo 2: le terril de la Blanchisserie depuis le terril des Piges à Dampremy.- Photo 3: Interdiction d’entrer sur le site du terril du Résolu à Montignies-sur-Sambre.-photo 4: Le sommet du terril de l’Epine à Montignies-sur-Sambre. -Photo 5: Le sommet du terril des Pays Bas (Châtelet) . -Photo 6: Le terril de la Blanchisserie depuis la rue Van Geersdaele à Dampremy. -Photo 7: flanc du terril du Hameau à Monceau. -Photo 8: charbon sur le terril des Pays Bas. -Photo 9: le terril de la Blanchisserie depuis la route de Mons à Dampremy. -Photo 10: la silhouette du terril du Boubier à Châtelet (zoom) depuis le terril de l’Epine à Montignies-sur-Sambre.